All for Joomla The Word of Web Design

RDC : Tshisekedi entre le « marteau » de Kabila et « l’enclume » de Fayulu

Comment va-t-il gouverner sans majorité au Sénat et à l’Assemblée nationale ? Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, nouveau président de la République démocratique du Congo (RDC) est lié, voire, dépendant de son prédécesseur, Joseph Kabila.

Il doit, également, faire face à la menace de son ancien allié, devenu rival, Martin Fayulu qui se considère toujours vainqueur de la présidentielle du 30 décembre.

Investi cinquième président de la RDC le 24 janvier dernier, Tshisekedi aura à gouverner sans majorité dans les deux chambres du parlement.

Le Front commun pour le Congo (FCC), plateforme de Kabila qui contrôle les deux chambres du parlement, une vingtaine d’assemblées provinciales, aura également à désigner, de plein droit, le Premier ministre et reste en bonne position pour contrôler les gouvernorats des provinces, les mairies et les municipalités.

La Constitution congolaise limite, en effet, les prérogatives du président de la République : la plupart de ses décisions ne sont valides que si elles sont contresignées par le Premier ministre.

– Un soulèvement populaire annoncé –

La victoire de Tshisekedi à l’élection présidentielle a été contestée par les évêques catholiques réunis au sein de la conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’opposant Martin Fayulu qui affirme avoir remporté le scrutin avec 61 %.

Une enquête de certains medias internationaux dont RFI a relevé en janvier dernier que Fayulu avait remporté la présidentielle, mais que Kabila avait instruit la commission électorale nationale indépendante (Ceni) d’attribuer cette victoire à Tshisekedi, que son camp considérait « moins hostile ».

Très influents, écoutés et respectés en RDC, les évêques avaient qualifié la victoire de Tshisekedi d’un « déni de vérité ».

Depuis, Fayulu conteste des « résultats fabriqués » , revendique la « vérité des urnes », préconise un « recomptage des voix » ou, à défaut, organiser un nouveau scrutin.

De passage à Bruxelles, la semaine dernière Martin Fayulu a affirmé clairement que « c’est Joseph Kabila qui dirige le pays. Tshisekedi n’est qu’un masque porté par Joseph Kabila ».

Pour Martin Fayulu, le président Joseph Kabila n’a que quitté le pouvoir en apparence après les élections.

« Je circule partout pour faire comprendre à ce peuple que leur victoire a été volée. On se prépare parce qu’il y aura un soulèvement populaire. Le peuple congolais se prépare pour ça », a déclaré l’opposant invité du Journal Afrique le 17 mars à la télévision française, TV5 Monde.

Pour Martin Fayulu, Tshisekedi ne fera pas 5 ans au pouvoir, car Kabila « voudra y revenir par des moyens propres à lui ».

Ces menaces sont « fantaisistes. Fayulu joue à la comédie pour dominer l’espace médiatique », a réagi au micro d’Anadolu, Rubens Mikindo, secrétaire général adjoint du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Conscient de ce péril, Tshisekedi a bloqué le processus d’installation des sénateurs, récemment élus, jusqu’à ce qu’une enquête déclenchée révèle ses résultats, en convergence avec une proposition de ses homologues français et kenyan.

Emmanuel Macron et Uhuru Kenyatta lui avait demandé lors d’une tripartite à Nairobi (Kenya) de « prendre son autonomie » vis-à-vis du clan de son prédécesseur.

Le chef de l’Etat a aussi retardé l’élection des gouverneurs prévue le 27 mars et intenté une enquête à l’encontre de députés provinciaux « corrompus » et de sénateurs « corrupteurs ».

– La mise en garde du camp Kabila –

Ces mesures ont été jugées « illégales et anticonstitutionnelles » par le front commun pour le Congo (FCC) qui les a rejetées et appelé Tshisekedi à se ressaisir.

« S’il persiste dans cette logique tendant à nous bloquer et nous marginaliser par des mesures illégales, il va déclencher une crise qui risque de l’écrouer et de l’emporter », persiste un proche collaborateur de Joseph Kabila, préférant garder l’anonymat.

« Des mesures prises récemment exposent Tshisekedi à l’infraction de haute trahison », a déclaré à Anadolu, Papy Pungu président des jeunes du parti politique de Joseph Kabila, le PPRD.

La Constitution accorde à l’Assemblée nationale et au Sénat le pouvoir de décider de la mise en accusation du président pour des infractions comme le « délits d’initié », l’ »atteinte à l’honneur » , la « haute trahison » ou la « corruption ».

Une fois condamné, le président est déchu de ses fonctions et la transition déclenchée est dirigée par le président du Sénat.

Et le Sénat pourrait revenir à Joseph Kabila, dont le camp est sorti vainqueur haut la main des législatives, provinciales et sénatoriales.

« Nous avons les moyens de mettre fin pacifiquement et constitutionnellement à son règne mais notre leader [Kabila] nous a instruit de rester pacifique et conduire le pays vers l’émergence, tout en évitant des crises inutiles », assure Pungu.

Deux plaintes ont été déposées la semaine dernière à la Cour de cassation par, notamment, un communicateur proche du camp Kabila contre le président Tshisekedi pour « haute trahison ».

Le parquet près cette Cour n’a encore réservé aucune suite à ces plaintes que le camp Tshisekedi qualifie de « fantaisistes ».

– Unis par le sort –

« En faisant tout pour garder la primature et rafler des majorités dans toutes les chambres du Parlement, Kabila a usé d’une tactique pour rester influent, car il pensait pouvoir travailler facilement avec Tshisekedi qu’avec Fayulu », explique Jeannot Kabwale Nkosi, professeur des sciences politiques à l’université de Kinshasa.

« Tshisekedi est le moindre mal pour Kabila car le camp Fayulu regorge de deux opposants qui vouent une haine tenace à Kabila : Jean-Pierre Bemba et Moise Katumbi », affirme-t-il.

Néanmoins, poursuit le politologue : « la présidence de Tshisekedi est inconfortable et restera liée à Joseph Kabila. Toute tentative de prendre ses distances se retournera fatalement contre lui ».

« Tshisekedi ne va pas coaliser formellement avec Kabila mais est toutefois obligé, par nature, à cohabiter au pouvoir avec son camp pour la paix et le développement du pays », selon Rubens Mikindo, affirmant que le « peuple congolais l’a voulu ainsi : nous accorder la présidence et non la majorité parlementaire ».

En RDC, la politique est dite l’art du « Tout est possible ». Bien que Kabila prouve un discours modéré en faveur d’une expérience démocratique inédite et en faveur d’une meilleure prospérité pour le pays, Tshisekedi a récupéré un appui international au niveau de l’Union africaine, de la France, de l’UE et des Etats Unis.

Après plusieurs déclarations mettant en doute l’authenticité des résultats des élections, le département d’Etat américain a entériné, lui aussi, la victoire de Tshisekedi le 23 janvier.

Cela devrait donner un certain réconfort à Thisekedi, malgré les sanctions infligées à des responsables de la Commission électorale, au président de l’Assemblée nationale et celui de la Cour constitutionnelle pour « corruption » liée à ces élections.

Mais, est-ce suffisant pour aller à terme de son mandat et de ses ambitions?

Avec ANADOLU

0 Comments

Leave a Comment

Login

Welcome! Login in to your account

Remember me Lost your password?

Lost Password